5 mythes sur la sexualité féminine

5 mythes sur la sexualité féminine Meetual
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Pour son troisième et quatrième article sur le blogue de Meetual, notre sexologue Queer Coralie a choisi d’écrire sur la sexualité féminine. Vaste sujet! Coralie a décidé d’y consacrer deux articles. D’abord, cinq “mythes” sur la sexualité féminine et ensuite, cinq “faits” sur la sexualité féminine, qui sera publié en avril prochain. Coralie Desjardins est membre de l’Ordre professionnel des sexologues du Québec. Elle offre depuis plusieurs mois ses services de sexologue à la clientèle de Meetual.

Introduction

Il semble que partout où on nous éduque sur les organes génitaux féminins, il y a toujours présence de tabous. Pouvez-vous croire qu’il y a seulement de cela quelques années, des livres d’éducation sexuelle écrits par des professionnel.le.s de la santé ne faisaient jamais mention du clitoris ?

Certains de ces mythes vous sembleront sans doute évidents, mais encore aujourd’hui, ce sont de fausses informations qui pourraient très bien être propagées par vos oncles aux discours sexistes à vos prochains party de Noël! Avec cet article à saveur féministe, j’espère qu’à l’avenir, vous serez en mesure de répandre les bonnes informations à votre famille et vos ami.e.s, mais surtout, que vous en apprendrez sur le sujet, que vous soyez une femme ou non.

Alors, cinq mythes entourant la sexualité féminine : GO !

Mythe 1 : Pour être une femme, il faudrait absolument posséder un vagin

Avant toute chose, il est primordial pour moi d’apporter une nuance au titre de l’article.

Bien que cet article aborde plusieurs aspects entourant les organes génitaux, le fait d’avoir une sexualité « féminine » ne signifie pas qu’il faut posséder un vagin, une vulve ou des ovaires. Comme mentionné dans mon dernier texte sur le blogue concernant la diversité sexuelle, le sexe assigné à la naissance et l’identité de genre sont deux concepts totalement indépendants. Si ces deux concepts vous sont totalement étrangers, je vous recommande de lire mon dernier article.

Par exemple, une femme trans possédant des organes génitaux à phénotype mâle, c’est-à-dire les testicules, le pénis et la prostate, peut avoir une identité femme tout à fait valide, de même façon qu’une femme cisgenre, c’est-à-dire une femme qui possède un phénotype femelle.

Donc, même si la plupart des mythes présents dans ce texte font référence aux organes génitaux femelles, n’importe qui peut s’approprier le concept de sexualité féminine puisque la féminité fait plutôt appel au concept de l’expression de genre.

D’un point de vue corporel, la sexualité se module avant tout par l’entremise d’un autre organe bien important : le cerveau! Cela étant dit, il n’existe pas de cerveau féminin ou de cerveau masculin, pas plus qu’il existe de rein « femelle » ou « mâle ».

En bref, le terme « femme » énoncé dans ce texte inclut les femmes cisgenres ainsi que les personnes de la diversité sexuelle.

Mythe 2 : Généralement, les femmes n’auraient pas ou peu de plaisir lors de relation sexuelle

D’abord, il semble assez rare que les mots « généralement » et « sexualité » aillent souvent de pair.

Soyez prêt.e.s, je vous donne un rapide cours sur la réponse sexuelle ou en d’autres mots, ce qui se passe au niveau des organes génitaux lorsqu’une relation sexuelle se déroule. En ordre, les étapes sont l’excitation, le plateau, l’orgasme et la résolution. Certains modèles scientifiques ultérieurs vont ajouter une étape comme celle du désir ou en retirer une autre comme celle de l’orgasme.

Malgré cela, toutes les écoles de pensées démontrent qu’au niveau physiologique, le modèle mâle possède une période réfractaire suivant l’orgasme. Cette période est une période latente ou de repos dans laquelle le système reproducteur masculin retombe aux étapes précédentes. C’est à ce moment que le pénis perd partiellement ou totalement son érection.

Néanmoins, le système uro-génital femelle n’a pas besoin de cette période réfractaire. Cela signifie qu’une personne possédant un vagin peut vivre de la multiorgasmie et faire l’expérience de plusieurs orgasmes un à la suite de l’autre. Si on se fiait seulement à cette information, les femmes pourraient avoir une possibilité plus grande de plaisir que les hommes… Il va de soi que les femmes veulent obtenir du plaisir lors de leurs relations sexuelles tout autant que les hommes.

Mythe 3 : Pour perdre sa virginité, la pénétration serait nécessaire

En premier lieu, il semble important de définir la virginité comme un construit social. Qu’est-ce qu’un construit social, me dites-vous? C’est tout simplement une idée créée par la société. C’est notre façon, en tant qu’humain, de trouver du sens à notre existence. Les construits sociaux sont dictés par les croyances préconçues à travers chaque région du monde.

Toute la pression entourant le fait de ne plus « être vierge » est un produit né des normes créées par l’être
humain. Alors, pourquoi le concept de virginité serait-il préjudiciable, me demandez-vous?

Traditionnellement, ce concept affermit la croyance que la seule façon d’avoir une relation sexuelle qui « compte » se produit lorsqu’il y a une pénétration phallo-vaginale. Ainsi, cela renforce la norme que la sexualité doit se vivre de manière hétérosexuelle et c’est entre autres ce qui crée le concept d’hétéronormativité.

En second lieu, l’hymen n’est pas synonyme de virginité. L’hymen est une fine couche de tissu semblable à de la peau qui se trouve à quelques centimètres du tiers externe du vagin et qui peut se déchirer lors de pénétration d’un tampon ou même lors de pratique de sports comme la gymnastique. L’hymen peut prendre plusieurs formes et tailles différentes. Il est possible d’avoir un hymen qui bloque totalement, partiellement, ou pas du tout l’accès au canal vaginal. C’est pour cela que certaines personnes ont mal et d’autres non au moment de la première relation sexuelle pénétrative. Dans certaines cultures, les hommes requièrent que du sang tâche le lit comme preuve de virginité, tandis que le lien entre l’hymen et la virginité reste inexistant.

Mythe 4 : La plupart des femmes possèderaient moins de libido que les hommes

Connaissez-vous le complexe madone-putain? Il représenterait les deux façons pour une femme de vivre sa sexualité. D’un côté, le mot madone est la représentation de la vierge catholique. En ce sens, une femme madone est celle qui n’a pas de relation sexuelle, qui s’adonne au rôle de mère et qui, du point de vue des hommes, vit sa sexualité en se respectant, de façon digne et noble. D’un point de vue social, c’est la « femme à marier ». De l’autre côté, la putain ou « pute » est l’image de la sexualité des femmes qui serait trop excessive. Selon vous, cela est-il juste et égalitaire ? Pas du tout.

En fait, la libido, mieux appelée sous le nom de désir sexuel, varie d’un individu à un autre, peu importe son identité de genre. Même si les hommes possèdent généralement plus de testostérone, hormone pouvant faire augmenter le désir sexuel, il y a une multitude d’autres facteurs biologiques, psychologiques et sociaux qui sont à ne pas oublier.

En ce cas, il est totalement faux que les hommes auraient naturellement plus de pulsions sexuelles à assouvir que les femmes. En tant qu’être humain, le désir sexuel peut, entre autres, se conjuguer comme hypersexuel (beaucoup), sexuel (présent) ou asexuel (absent) et j’espère que vous l’aurez compris : il n’y a pas de bonne ou mauvaise façon d’en faire expérience.

Mythe 5 : Avoir un orgasme vaginal serait associé à une meilleure satisfaction sexuelle

Je l’avoue, ce mythe-là, c’est mon préféré à déconstruire! Pourquoi donc ? Parce qu’en tant que personne qui possède un vagin, j’ai trop longtemps été ignorante de la vérité et en plus, j’ai pu en bénéficier dans ma sexualité.

En fait, le vrai mythe réside dans l’idée populaire qu’il y a deux types d’orgasmes, soit l’orgasme vaginal et l’orgasme clitoridien, alors que c’est totalement faux. Vous serez surpris.e d’apprendre que la plupart des personnes possédant un vagin n’arrive pas à atteindre l’orgasme par voie vaginale.

Le canal vaginal se divise en trois tiers et c’est seulement le tiers externe qui est réceptif aux sensations de plaisir, tandis que les autres ressentent plutôt des sensations liées à la pression. Ceci peut s’expliquer par nul l’autre que le clitoris, le seul organe du corps dont la fonction est strictement réservée au plaisir.

Bien que le gland du clitoris montre sa seule partie visible à l’externe, le clitoris est pour la plus grande partie un organe interne, longeant les petites lèvres de la vulve. En tout et partout, il est formé de corps caverneux se remplissant de sang, de glandes vestibulaires qui entourent l’urètre et d’une tige qui peut aller jusqu’à 10 centimètres à elle seule! Le gland du clitoris possède jusqu’à 8000 terminaisons nerveuses, contrairement au gland du pénis qui contient environ 3000 à 4000.

En résumé, cela veut dire que tous les orgasmes sont clitoridiens puisque le clitoris se trouve simplement stimulé de l’intérieur (dans le vagin) ou de l’extérieur (sur le gland). Dans le bas de l’article, j’ai répertorié quelques sites sécuritaires qui peuvent vous aider à trouver de nouvelles façons de stimuler votre clitoris.

Pour terminer, j’aimerais dire aux personnes qui n’arrivent pas à atteindre l’orgasme, soit par stimulation interne ou externe du clitoris : vous êtes tout à fait normales. Afin d’avoir une relation sexuelle satisfaisante, il n’est pas nécessaire d’avoir d’orgasme. Pareillement, une relation sexuelle satisfaisante ne se calcule pas en termes de durée ou de fréquence hebdomadaire.

Mot de la fin

En guise de conclusion, je souhaite que vous reteniez que, dans toute sa complexité, la sexualité ne devrait pas se restreindre à la génitalité. Je vous invite à vous interroger sur votre propre définition de la sexualité et de tenter de la voir plutôt comme un érotisme. Qui sait, peut-être que l’érotisme sera le sujet d’un prochain article ?

Références

https://clitmoi.onf.ca/
https://www.omgyes.com/

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Coralie Desjardins
Coralie Desjardins
Je ferai tout mon possible pour que nos rencontres deviennent un safe-space, un endroit sans jugement dans lequel il est possible d’aborder les sujets les plus difficiles.

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