Polyamour 101 : de quoi parle-t-on?

Polyamour 101 : de quoi parle-t-on?
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Bonjour, lecteurs et lectrices Meetual,

En tant que sexologue, il m’arrive souvent de recevoir des questionnements tel que « est-il possible d’aimer plus qu’une personne à la fois » ? La réponse est oui. Tout d’abord, c’est possible (et normal) parce qu’il existe plusieurs types d’amour comme l’amour fraternel, l’amour érotique ou encore l’amour platonique, mais aussi parce qu’il se peut que tu sois polyamoureux.euse.

Dans cet article, je t’explique ce qu’est le polyamour, la façon dont la mononormativité agit comme oppression et influence nos vies et finalement, je déconstruis certains mythes courants concernant le polyamour. Si tu restes avec moi, (je l’espère), je te souhaite une bonne lecture !

 

Le poly quoi ?

Le polyamour est la philosophie et la pratique non possessive, honnête, responsable et éthique de l’amour simultané de plusieurs personnes. En effet, cette forme de relation non-monogame met l’accent sur l’intimité émotionnelle plus que la variété sexuelle des partenaires. La plupart des personnes polyamoureuses parlent du polyamour comme une identité ou un mode de vie.

Dans certaines études, on remarque que le polyamour est un peu plus commun chez les personnes non-hétérosexuelles. Dans tous les cas, la confiance chez les polyamoureux.euses est fondée sur l’honnêteté, la communication ouverte et le respect des différents termes négociés entre les partenaires.

 

La mono quoi ?

La mononormativité est l’idéologie dominante de l’Occident qui considère la monogamie comme la forme de couple la plus réussie. Plus précisément, cette forme d’amour romantique est le seul modèle de relation viable. Quand on parle de mononormativité, il suffit de penser à l’institution du mariage qui dicte la monogamie comme étant une composante « naturelle » biologique de l’être humain. Si l’on va plus loin, il est traditionnellement attendu que la sexualité d’un individu soit hétérosexuelle et procréative.

À l’opposé, je suis d’avis que la sexualité est culturellement et historiquement produite.

Au niveau institutionnel, la monogamie découle d’une culture hétéronormative et patriarcale qui favorise la propriété d’une femme par un homme par le mariage. Bien qu’une telle norme ne soit plus explicitement véhiculée, les femmes continuent d’être socialisées pour valoriser le « prendre soin » familial et domestique. Alors, cela privilégie à leur tour les besoins de la famille plutôt que ses besoins personnels et son indépendance financière et relationnelle, tout en renforçant de façon subtile le devoir conjugal. Pour ces raisons, il a été avancé que les hommes profitent largement davantage de la monogamie hétérosexuelle que les femmes À l’inverse, le polyamour a été positionné par certaines autrices féministes radicales comme une façon de passer à une vision agentique de soi et en sont arrivées à se sentir libérées des rôles traditionnels de genre, maternels, professionnels et relationnels.

Dans la plupart des études et dans le langage populaire, les personnes polyamoureuses peuvent se retrouver limitées à utiliser du vocabulaire mononormatif qui est largement péjoratif et qui réfère à la trahison tel que « infidélité », « tromper » ou encore « adultère ».

Les conséquences sont entre autres que les personnes polyamoureuses trouvent difficile de révéler leur identité autant au niveau familial que légal. Également, les thérapeutes tendent à conseiller, de façon inconsciente, les couples monogames en difficulté sans jamais remettre en question la nature de leur relation, alors que certain.e.s client.e.s suggèrent fortement que leur dynamique relationnelle est à l’origine de leurs problèmes conjugaux. En fait, peu de thérapeutes sont formé.e.s pour l’accompagnement des personnes polyamoureuses, les laissant donc confrontées à de la stigmatisation lors de consultation avec des professionnel.le.s qui sont à la base supposé.e.s les aider.

 

Mythe 1 : il existe seulement une façon d’être polyamoureux.euse

La plupart des personnes polyamoureuses sont en accord pour affirmer qu’il n’y a pas qu’une seule façon d’être polyamoureux.euse et que les structures relationnelles sont diverses.

Par exemple, certaines relations polyamoureuses sont formées de façon hiérarchique à partir d’une dyade primaire, c’est-à-dire deux personnes qui ont une forme d’engagement plus élevée qu’avec les autres partenaires secondaires ou tertiaires de leur polycule. Notamment, les partenaires primaires vont souvent habiter ensemble alors que les partenaires secondaires vont engager des activités deux, trois ou quatre fois par semaine.

D’autres personnes polyamoureuses n’accordent pas de hiérarchie entre chacun.e de leurs partenaires. Certains polycules seront fermés et d’autres ouverts, dans le sens ou les partenaires sont parfois connu.e.s ou même partagé.e.s entre elleux, alors que d’autres préfèrent ne pas connaître les partenaires de son ou sa partenaire.

 

Mythe 2 : les personnes polyamoureuses ne sont pas capables de faire preuve d’engagement

De manière générale, la communauté polyamoureuse valorise au contraire un engagement marqué. Il est important de respecter les valeurs, les désirs et les limites de toute personne inclue dans le polycule, c’est-à-dire l’ensemble des partenaires, grâce à l’utilisation de l’honnêteté, la transparence et la confiance.

Selon une interview que j’ai réalisée en 2018 dans le cadre d’une recherche auprès d’un homme polyamoureux, plusieurs relations polyamoureuses font l’utilisation d’un contrat signé, papier ou non, afin de déterminer les règles de leur entente relationnelle.

Des exemples de règle peuvent être de toujours assurer le port du condom lors de relation sexuelle avec d’autres partenaires, de ne pas excuser les comportements contraires aux règles par la consommation de drogues, de choisir à qui les parents sont présentés, etc.

 

Mythe 3 : le polyamour est seulement une excuse pour avoir plus de relations sexuelles

Cette supposition invisibilise les personnes asexuelles (qui ne ressentent pas désir d’avoir des relations sexuelles) qui sont polyamoureux.euses. De plus, le polyamour représente un énorme travail sur soi. En effet, il est primordial de posséder une bonne affirmation de soi puisqu’il faut communiquer aux partenaires qu’est-ce qui te rend sécure et satisfait.e en tant qu’individu dans une relation amoureuse ou sexuelle. Lorsqu’il y a présence de jalousie, il y a une opportunité d’avoir une discussion avec son, sa ou ses partenaires. Possiblement, le sentiment de jalousie prend racine dans la tristesse, la peur ou la colère. La jalousie peut simplement démontrer que tu te sens négligé.e ou mis.e de côté.

Que ce soit en relation monogame ou non, le sentiment de jalousie est normal. Lorsque tu agis en raison de cette jalousie et que des comportements violents, par exemple de contrôle, sont déployés, tel est le vrai problème. En bref, dans le meilleur des scénarios, les personnes polyamoureuses font souvent preuve de beaucoup d’introspection et prennent du temps à développer leur intelligence émotionnelle.

 

Mythe 4 : les relations polyamoureuses ne pourront jamais s’adapter en société

La communauté polyamoureuse s’expansionne davantage chaque jour grâce aux réseaux sociaux et les connaissances qu’ils peuvent apporter aux personnes en questionnement. Bien que la communauté anglophone soit plus présente, il est possible de remarquer la création d’un langage autour du polyamour.

Par exemple, en anglais, le mot « compersion » signifie un état empathique de joie lorsqu’un.e partenaire trouve également le bonheur avec d’autres partenaires, perçu un peu comme l’inverse de la jalousie.

 

Mythe 5 : le polyamour n’est qu’une phase qui ne durera pas

Il serait plutôt correct de dire que les relations non-monogames existent depuis longtemps. Dans certaines cultures en Orient, les relations non-monogames sont courantes. En revanche, il est vrai qu’une personne peut être en phase d’exploration de son identité sexuelle et tenter de transitionner d’une relation monogame vers une relation ouverte.

Si vous voulez mon avis, une fois que le couple se permet d’assouplir ses limites relationnelles, il est plutôt rare qu’il y aille un retour au couple exclusif. Le fait de découvrir que tout ce qui nous a été appris concernant l’intimité, l’amour et les relations sexuelles peut être réécrit à notre façon devient très précieux pour une personne polyamoureuse.

 

Une autre façon d’aimer

Plusieurs personnes me demandent « quel est le but d’une relation si elle n’est pas exclusive » ? Lorsqu’il est consentant et clair entre les partenaires, le polyamour peut démontrer davantage de confiance, de respect, d’engagement, d’honnêteté, de croissance personnelle, de curiosité et de nouveauté.

Selon moi, le but d’une relation non-monogame, c’est simplement l’amour, comme dans tout autre type de relation, seulement dans ce cas-ci, l’amour n’a pas de limite. Je ne crois pas que le polyamour soit fait pour tout le monde : il serait faux de vous dire que ce type d’engagement est facile. Plutôt, je tiens à vous laisser avec le message que le polyamour est simplement une façon d’aimer aussi légitime et valide que les autres.

Comme toujours, merci de m’avoir lue.

Coralie Desjardins, Sexologue B.A.

 

Sources

Goyer, Marie-Aude. (2016), S’accorder en genre et en nombre : Exploration des ententes relatives à l’exclusivité sexuelle et émotionnelle et contexte d’émergence de leur diversification au sein des relations conjugales. (Mémoire de maîtrise) Université du Québec à Montréal.

Henrich R. et Trawinski,C. (2016) Social and therapeutic challenges facing polyamoureux clients, Sexual and relationship therapy. Vol.31.NO. 3, 376—390.

Wosick-Correa K. (2010). Agreements, rules and agentic fidelity in polyamorous relationships. Psychology & Sexuality. 1:1, 44-61

 

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