La science du bonheur, par Maryse Damecour, doctorante en psychologie à l’UQÀM

La science du bonheur, par Maryse Damecour, doctorante en psychologie à l’UQÀM
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Grâce à ses articles pour le blogue de Meetual, Maryse Damecour nous donne accès à de précieuses informations puisées dans ses recherches et ses nombreuses lectures scientifiques effectuées pour son doctorat en psychologie clinique. Une science est définie comme un ensemble cohérent de connaissances relatives à certaines catégories de faits, d’objets ou de phénomènes obéissant à des lois et/ou vérifiés par les méthodes expérimentales (Larousse).

Dans cet article, Maryse Damecour nous laisse apprécier une nouvelle façon de considérer, voir, observer et analyser notre bonheur. Si le bonheur est une science, nous savons désormais grâce à elle quels sont les paramètres et les concepts scientifiques à appliquer pour ancrer le bonheur dans notre vie.

Un des buts de la plupart des gens est d’être heureux. Barbara Fredrickson, psychologue et chercheur à l’Université de Caroline du Nord, s’intéresse aux émotions positives et au bonheur. Selon elle, les émotions positives nous invitent aux comportements d’ouverture et d’engagement dans le monde et, au fil du temps, nous aident à cultiver des ressources telles que le sens de la vie, les connaissances et les relations humaines (Fredrickson, 2013). Ici, je vous présente une partie de sa science du bonheur.

L’adaptation hédonique : un niveau stable de bonheur

Il semble que nous ayons tous un niveau de bonheur déterminé. Par ce qui s’appelle l’adaptation hédonique, nous aurions tendance à revenir naturellement à notre niveau de bonheur lorsque nous vivons une difficulté (Frederick et Loewenstien, 1999). Ce phénomène nous aide à ne pas sombrer dans les émotions et pensées négatives. Certaines personnes utilisent l’humour comme mécanisme d’adaptation hédonique.

Confrontée à une panne d’essence, une personne pourra rire de la situation et, ainsi, retrouver son niveau habituel de bonheur. L’autocompassion face à une épreuve difficile est un autre moyen de revenir à un niveau de bonheur plus fonctionnel.

L’équilibre entre les émotions positives et négatives

L’adaptation hédonique est essentielle puisqu’elle nous permet de conserver un équilibre sain entre les émotions négatives et positives. D’une part, les émotions négatives concentrent notre attention sur l’élément ayant déclenché la colère, la peur ou la tristesse.

Lorsqu’une personne rencontre un ours, toute son attention est centrée sur l’animal. Elle ne perçoit pas la brise du vent sur ses joues et n’entend pas l’oiseau qui chante. Cela est tout à fait utile afin de maximiser ses chances de survie. Cependant, nous avons aussi besoin d’ouvrir notre attention afin de percevoir les diverses ressources disponibles dans l’environnement. Si la personne consacre uniquement son attention à l’ours, elle ne verra pas l’arbre à proximité dans lequel elle pourrait grimper.

Afin de garder l’esprit ouvert, nous avons aussi besoin des émotions positives. Celles-ci élargissent notre attention, nous incitent à explorer le monde, à être créatifs et à entrer en relation avec les autres.

La compagnie Google, dont le succès repose sur la créativité de ses employés, a compris ce phénomène. Elle est d’ailleurs reconnue pour ses efforts déployés afin que ses employés vivent une expérience positive au travail.

Afin d’être heureux et en santé mentale, nous ne cherchons pas à avoir uniquement des émotions positives. Fredrickson donne l’image d’un voilier : les émotions positives sont les voiles qui nous propulsent, et les émotions négatives, la quille qui nous stabilise et nous empêche de renverser. Selon les travaux de Fredrickson, le ratio idéal serait de trois émotions positives pour une émotion négative.

Un sens à la vie : l’adversité au service du bonheur

Comment peut-on augmenter ce niveau de bonheur déterminé auquel nous avons tendance à revenir ? Cela semble possible.

En effet, des études démontrent que la plupart des individus voient leur niveau de bonheur augmenter en gagnant en âge (Headey, 2008). Cela n’est pas dû au plus grand confort matériel ou à la diminution de la charge de travail, mais plutôt au fait qu’en vieillissant, nous devenons moins centrés sur nous-mêmes et poursuivons davantage des buts altruistes.

En d’autres mots, lorsque nous trouvons une direction de vie qui nous dépasse, un sens à notre vie, notre niveau de bonheur augmente.

De l’adversité au sens

Cette recherche d’un sens ne se ferait pas tout au long de l’existence. Lorsque tout est stable et confortable dans la vie d’une personne, celle-ci n’est pas motivée à changer sa direction de vie. Au contraire, lors d’une épreuve, comme une séparation ou une perte d’emploi, la compréhension de la vie peut être ébranlée. Bien que difficiles, les épreuves que nous vivons sont aussi l’occasion de réaménager une direction de vie.

Plusieurs personnalités connues ont découvert un sens nouveau à leurs vies après avoir vécu une épreuve. Le chanteur Corneille, après avoir assisté au massacre de sa famille lors du génocide du Rwanda, choisit de recentrer son écriture sur son vécu. Victor Frankl, neurologue et psychiatre autrichien, développe la logothérapie suite à son emprisonnement par les nazis. D’autres exemples moins flamboyants (et moins connus) représentent le même passage de l’adversité au sens.

Une femme ayant vécu des troubles alimentaires entreprend de faire du bénévolat auprès d’un organisme aidant les personnes vivant ce type de difficultés. Un homme, après avoir traversé un épuisement professionnel, développe un style de vie basé sur la santé et l’équilibre. Une personne ayant un(e) partenaire porteur(se) du VIH réussi à apprécier l’approfondissement de leur relation associé à la maladie. Cette découverte d’un sens peut même advenir dans les petites épreuves du quotidien. Un employé à qui son patron a parlé durement peut profiter de cette expérience pour constater à quel point le respect est une valeur centrale pour lui.

Les épreuves de la vie seraient, somme toute, porteuses d’un potentiel de direction de vie. C’est cet ancrage dans une direction de vie transcendante qui permettrait d’améliorer notre niveau de bonheur.

Conclusion

En résumé, lorsque nous sommes confrontés à l’adversité, deux mécanismes peuvent nous soutenir. Tout d’abord, l’adaptation hédonique nous aide à conserver un équilibre entre les émotions positives et négatives. Ensuite, dans chaque épreuve se trouve un potentiel de sens. Rechercher cette signification plus profonde peut aider, au fil du temps, à augmenter notre niveau stable de bonheur. Ces deux mécanismes, adaptation hédonique et recherche du sens, sont les ingrédients clés de la science affective du bonheur.

Références

Frederick, S., & Loewenstein, G. (1999). Hedonic adaptation. In D. Diener, N. Schwarz, & Kahneman (Eds.), Hedonic psychology: Scientific approaches to enjoyment, suffering, and wellbeing (pp. 302–329). New York, NY: Russell Sage Foundation.
Fredrickson, B. L. (2013). Positive Emotions Broaden and Build. Dans Advances in Experimental Social Psychology (Vol. 47, p. 1‑53). Elsevier.
https://doi.org/10.1016/B978-0-12-407236-7.00001-2
Headey, B. (2008). Life Goals Matter to Happiness : A Revision of Set-Point Theory. Social Indicators Research, 86(2), 213‑231.
https://doi.org/10.1007/s11205-007-9138-y

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Maryse Damecour
Je m’appelle Maryse Damecour, étudiante au doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal. Cela signifie que je passe 25 heures par semaine à lire et à comprendre le fonctionnement de l’humain. J’ai eu envie que ce temps investi soit bénéfique à un plus grand nombre de personnes.

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