S’écouter : des outils concrets

S’écouter : des outils concrets

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Dans nos sociétés, nous avons appris à JARDINER. Je ne parle pas ici de potagers, mais bien de tout ce que nous faisons au lieu de nous écouter. Juger, donner son Avis, Reprocher, Diminuer, Interpréter, Narrer, donner de l’Empathie à un tiers ou encore, Rassurer.

Nous faisons tout cela, mais nous n’écoutons vraiment que trop rarement. La reformulation et le reflet empathique sont deux outils inspirés de la Communication NonViolente (Rosenberg, 2018) qui peuvent approfondir notre capacité à connecter plus profondément avec les autres et nous-mêmes.

 

Le jardinage

 

Une manière commune de répondre lorsqu’une personne s’exprime est de JARDINER.

Nous émettons des Jugements « il a vraiment dépassé les bornes », nous donnons notre Avis et des conseils « tu devrais la quitter » et nous Reprochons « tu n’aurais pas dû accepter ce contrat ».

Nous Diminuons l’importance de ce qui est vécu « C’est normal, ne t’en fais pas » ou, au contraire, nous Dramatisons la situation « Je ne sais pas comment tu fais pour endurer ça ! ».

Nous Interprétons et tirons des conclusions « je pense que tu te places toi-même dans ce genre de dynamique ».

Il arrive aussi que nous entrions dans la Narration en ramenant la conversation vers notre histoire personnelle « Je te comprends. Moi, quand ça m’est arrivé … ».

Nous offrons parfois de l’Empathie un tiers « tu sais, ça doit être difficile pour lui, il a besoin que tu sois patiente » et, bien souvent, nous tentons de Rassurer l’autre « Ne t’en fais pas, tout ça n’est que de passage… ».

 

Bien que toutes ces manières d’interagir soient bien intentionnées, elles ne permettent pas de rencontrer vraiment ce qui est vécu. Pire encore, bien souvent elles invalident l’expérience de l’autre. Lorsque j’essaie de le rassurer, l’autre peut entendre en sous-texte que sa réaction est exagérée, inappropriée. Lorsque je lui offre des conseils, la personne peut se sentir diminuée, car elle perçoit qu’elle est incapable de trouver des solutions tandis que je les vois si facilement.

 

D’où vient le jardinage ?

 

Il est difficile de ne pas jardiner. En effet, depuis notre plus jeune âge, nos parents nous répondaient ainsi. « Ben non, ne sois pas gêné, il est gentil Arthur ! » « Regarde comme ton ami est triste à cause de ce que tu as fait ! » « Ne pleure pas pour ça, c’est juste une cuillère… »

Cependant, ces manières de répondre tout à fait courantes et souvent bienveillantes n’aident pas l’enfant (et l’adulte en devenir) à connecter avec son expérience. Au lieu de comprendre qu’elle est en colère, la jeune fille apprendra à réprimer cette émotion « Calme-toi ! Ne crie pas ! Ce n’est pas beau ! ». Au lieu de savoir accueillir et vivre sa tristesse, le garçon se jugera comme étant trop sensible ou trop émotif « Est-ce que tu es un bébé ? Arrête de pleurer là ! ».

 

La reformulation

 

Autant avec les enfants qu’avec les adultes, nous pouvons utiliser la reformulation. La reformulation consiste à redire, dans ses mots, ce que nous entendons dans ce que l’autre exprime.

 

Enfant – Non ! Je veux rester au parc !

Adulte – Ah ! J’entends que toi tu veux rester au parc ?

 

Cela peut paraître simpliste ! Néanmoins, la reformulation est un élément très sécurisant. Dans l’exemple ci-dessus, l’enfant sait qu’il a été entendu. Cela a pour conséquence de diminuer considérablement son intensité émotionnelle.

En effet, une bonne partie des émotions vécues sont en lien avec cette impression déroutante de ne pas être compris·e.

Comme le disait Rosenberg (2018), psychologue et fondateur de la Communication NonViolente, le premier besoin d’un besoin est d’être entendu. Si vous êtes parent ou avez des enfants autour de vous, je vous propose d’essayer cette simple technique d’écoute qu’est la reformulation. Je suis certaine que vous remarquerez cet apaisement lorsque l’enfant saisit que vous avez compris son message.

 

Le reflet empathique

 

Le reflet empathique ajoute une couche de profondeur en validant l’émotion et le besoin de la personne en face de vous. « Oui, je vois que tu es en colère ? Tu veux rester au parc, pour jouer ? Je comprends ! »

Dans cet exemple, nous aidons l’enfant à prendre conscience de son expérience en nommant l’émotion (colère) et le besoin (jeu) et en les considérant comme légitimes. Cela est très important pour le développement émotionnel.

 

Les adultes consultent fréquemment, car ils ont de la difficulté à exprimer ou à vivre certaines émotions comme la colère, la vulnérabilité et même la joie. Habituellement, cela provient d’une enfance où certaines émotions n’étaient pas bienvenues. L’enfant apprend à isoler (refouler) ces émotions mal-aimées. Un faussé se crée entre le Soi et le vécu intérieur. La personne peut se sentir déconnectée d’elle-même. Le reflet empathique peut contribuer à réintégrer ces émotions, créant une vie où toutes les expériences ont une place.

 

Reformuler et refléter sans être nécessairement en accord

 

J’aimerais faire une nuance ici. Ce n’est pas parce que je comprends l’expérience de l’autre que j’agis conformément à la demande qui a été exprimée. Prenons l’exemple d’un enfant qui souhaite manger de la crème glacée pour souper. Le parent peut très bien reformuler et refléter le désir de l’enfant sans y consentir. Il peut tout de même en tenir compte comme démontré ci-dessous.

 

Parent – J’entends que tu voudrais manger de la crème glacée pour souper… Et je comprends, c’est bon (besoin de plaisir) de la crème glacée ! En même temps, moi je vais dire non, car je veux que tu sois en santé et que tu manges de bons repas. Mais, si tu veux, nous pourrions aller manger une crème glacée ce samedi après la piscine ! Qu’en dis-tu ?

 

Et avec les adultes ?

 

La reformulation et le reflet empathique fonctionnent très bien avec les personnes de tous les âges. Il suffit d’ajuster le niveau de langage. Les adultes ont tendance à utiliser beaucoup de mots (et certains enfants aussi). Ils racontent l’histoire au complet, analysent la situation, donnent des explications, etc.

Au lieu de répéter presque mot à mot ce qui est dit, nous effectuons alors un travail de synthèses en reformulant ce que nous sentons qui est au cœur de l’expérience de l’autre.

 

Corinne – Ah ! Sérieux, je pense que ça ne marchera pas avec Simon… il répond à peine à mes textos ! Regarde ! Je lui ai écrit XYZ, et il me répond « ok. a + » le lendemain, tandis qu’il avait vu le message dès que je l’ai envoyé ! Et avant-hier, on devait s’écrire pour planifier notre rendez-vous… j’attendais… il n’a jamais écrit ! C’est encore moi qui ai dû prendre les devants…

 

Maxime – Oui, dans le fond, la manière dont Simon échange avec toi (textes courts, longs délais de réponse) te fait croire que ça ne marchera pas… et ça te déçoit ?

 

Dans cet exemple, Maxime ne répète pas le contenu des textos et les moments où ils ont été envoyés. Cela serait étrange et laborieux ! Elle résume simplement sa compréhension de la situation et suggère une émotion qu’elle a perçue dans le non verbal de son amie.

 

La forme interrogative

J’aimerais aussi vous faire remarquer l’emploi de la forme interrogative « et ça te déçoit ? ». Cette petite flexion dans l’intonation permet de ne pas présumer connaître l’expérience de l’autre, mais bien de lui demander avec respect : « Voici ce que je comprends, est-ce que c’est ça ? ».

La reformulation et le reflet sont des manières d’inviter l’autre à préciser et à plonger dans son vécu. Le reflet empathique de Maxime aide ensuite Corinne à accueillir une nouvelle émotion :

 

Corinne – Oui, ça me déçoit, mais ça me fâche aussi ! Je suis tannée des hommes qui ont peur de l’engagement !

 

Au-delà des mots

 

Dans son livre Les mots sont des fenêtres (ou ce sont des murs), Rosenberg (2018) explique l’importance de ne pas limiter notre écoute aux mots. Autant avec les enfants qu’avec les adultes, utilisez votre sensibilité. Faites-vous confiance. Même si vous vous trompez, la forme interrogative de votre expression permettra à l’autre de réajuster le tir au besoin. Qu’est-ce qui vous paraît central dans ce que l’autre a dit ou même dans ce qu’il·elle n’a pas dit ? Reprenons l’exemple de Corinne et Maxime :

 

Maxime – Mmm. J’entends une colère, mais aussi une fatigue à force de mettre de l’énergie dans des relations ? Tu as envie que l’autre s’investisse autant que toi ? Dans le fond, as-tu envie de vivre de la réciprocité ?

 

Corinne – Oui, c’est ça que je veux : la réciprocité… que l’autre me donne autant que moi je lui donne !

 

La transformation de la souffrance

 

Lorsqu’on l’accepte et l’entend pleinement, la souffrance a tendance à se transformer. La colère devient tristesse, la tristesse devient deuil, une autre émotion émerge… et nous touchons parfois à une valeur importante pour nous qui nous permettra d’éclairer nos choix (p. ex. la réciprocité, la bienveillance, la santé). Derrière la plupart des émotions se trouvent un message qui vaut la peine d’être entendu.

 

Et avec moi-même

 

La reformulation et le reflet empathique peuvent aussi être appliqués envers soi. Bien souvent, la personne avec qui nous jardinons le plus, c’est nous-mêmes ! Lorsqu’une émotion surgit, nous tentons de nous rassurer « Arrête dont de t’en faire ! » ou encore, nous offrons de l’empathie à l’autre personne impliquée dans la situation « Soit indulgent, ce n’est pas de sa faute, elle est malade ».

Ce faisant, nous invalidons intérieurement les parties de nous qui ont quelque chose à exprimer. J’aimerais nous inviter à suspendre le jardinage, ne serait-ce que quelques minutes ou secondes, afin d’écouter ce qui s’exprime en nous. Peu importe si ce que nous entendons nous paraît insensé, inadmissible ou gênant, tendons l’oreille et le cœur avec curiosité ou ouverture.

 

Conclusion

 

La reformulation et le reflet empathique sont des techniques de communication assez simples. Souvent, le défi consiste à se retenir de jardiner ! Prenons une respiration avant de répondre pour choisir consciemment si nous désirons jardiner (ce qui est parfois tout à fait approprié), offrir une reformulation ou un reflet empathique.

 

Qu’elles soient chez votre enfant, votre partenaire de vie, vos ami·es ou en vous, toutes les expériences méritent d’être entendues. Évidemment, certaines émotions isolées depuis plusieurs années peuvent être envahissantes et difficiles à accueillir. Les psychologues ou autres intervenants peuvent alors vous aider à approcher ces émotions figées, avec bienveillance et dans le respect de votre rythme.

 

Références

Rosenberg, M. (2018). Les mots sont des fenêtres (ou ce sont des murs) : Initiation à la Communication NonViolente. La Découverte.

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Maryse Damecour
Maryse Damecour
Je m’appelle Maryse Damecour, étudiante au doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal. Cela signifie que je passe 25 heures par semaine à lire et à comprendre le fonctionnement de l’humain. J’ai eu envie que ce temps investi soit bénéfique à un plus grand nombre de personnes.

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