Une psychologue a sauvé ma famille, un mot à la fois

Tout a commencé le 2 décembre 2015, le jour où maman a été diagnostiqué d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT). Mais bien honnêtement ça avait déjà débuté bien avant cela. Au cours de mon enfance et adolescence, les membres de ma famille et moi avons, à plusieurs recours, fait appel à l’aide d’une psychologue. Voici quelques raisons pour lesquelles nous avons consulté.

1. Insomnie

Longtemps je me suis préoccupée de problèmes d’adultes qu’un enfant n’est pas censé adresser. J’ai toujours voulu que tout le monde aille bien. Très jeune, vers l’âge de 9 ans, je ne dormais plus. Et lorsque je dormais j’avais un sommeil très agité. Je m’imaginais toujours que le pire allait arriver. Que la maison allait prendre en feu, qu’il allait falloir que j’aille sauver ma petite soeur. J’avais peur des fantômes, des tsunamis, que la porte ne soit pas barrée. Pour chasser les mauvaises pensées de ma tête je chantais la chanson thème de Bob l’Éponge, c’était comme ma méditation. Je ne m’endormais pas et ça devenait très lourd pour mes parents et moi. On a décidé qu’il était temps que j’aille consulter une psychologue. Peu après, j’ai récupéré un sommeil normal grâce aux trucs et outils que j’ai acquéris avec son aide. Je les utilise encore aujourd’hui de temps en temps. Ça a valu la peine.

2. TSPT

Maman commençait à avoir des flashbacks, des cauchemars, un profond mal-être, des vomissements. On le voyait dans ses yeux, même avant qu’elle soit diagnostiquée, on savait que quelque chose clochait. Comme si elle s’était un peu éteinte. Le TSPT était entré dans la maison sans même avoir frappé à la porte. Retraite médicale de la GRC. 20 ans de service sous la cravate. Ceci est arrivé si subitement et intensément, puisque maman avait fait sa forte pendant toutes ses années. Elle croyait qu’elle était correcte même après avoir vu des atrocités. Ce qu’elle ne savait pas c’est que la santé mentale, tout le monde doit s’en occuper, et que c’est lorsqu’on attend trop longtemps que ça explose. Être fort ou pas n’est pas la question, parfois on n’a pas le choix. Consulter une psychologue n’est pas un signe de faiblesse, c’est une force incroyable, le premier pas vers la rémission. Grâce à cela, maman est maintenant guérie et continue de s’épanouir dans tout ce qu’elle entreprend. Ça a valu la peine.

3. Insécurités

Lorsque maman était malade, ma soeur et moi étions toutes les deux en pleine croissance, en recherche de soi, on avait besoin de maman. Mais elle n’était pas en mesure de s’occuper de nous comme on l’aurait voulu. Ce n’était pas de sa faute, les rôles se sont inversés, maman était redevenue enfant et on s’occupait d’elle. On était inquiètes. On a commencé à développer des insécurités. On avait peur que s’il arrivait quelque chose dans la maison pendant la nuit, un voleur par exemple, que maman ne soit pas capable de nous défendre. On a dû consulter pour cela. Psychologue et ateliers avec d’autres enfants ont aidé à surmonter ces peurs et insécurités qu’on avait fondées. Ça a valu la peine.

4. On sait pas trop

Lorsque maman a commencé à aller mieux et qu’une stabilité s’est installé dans la maison, j’ai eu une phase où je me sentais très perdue. J’avais alors 16 ans. J’étais toujours de mauvaise humeur même si je ne voulais pas l’être et je ressentais en moi une force qui était en train d’exploser, petit à petit. Je n’aimais pas me sentir autant en manque d’une chose qui m’était inconnue et profondément inconfortable dans ma manière d’agir. J’ai décidé d’aller consulter parce que je ne comprenais pas ce qui se passait. J’ai dit à la psychologue « Je sais pas trop ce qui se passe, mais je veux savoir pourquoi je me sens comme ça.» Après avoir passé quelques minutes à jaser, on en est venu à la conclusion que pendant les années que maman était malade j’ai gardé mes problèmes pour moi, parce que selon moi elle vivait bien pire. Pourtant, la santé mentale n’est pas quelque chose qui se compare. Pendant ces années je m’étais renfermée et maintenant j’avais besoin de montrer à moi-même que j’étais là aussi, que je devais prendre soin de moi. Le fait de savoir ce qui se passait m’a permis d’adresser le problème et d’y remédier. Parfois on ne sait pas ce qu’il passe et on a besoin de quelqu’un d’autre pour nous le dire. Ça a valu la peine.

5. Peine d’amour

Bien après que tout ça soit fini, j’ai dû passer à travers une peine d’amour. J’ai commencé à faire de l’anxiété et des crises de panique dans des moments vraiment importuns, dans l’autobus par exemple. J’avais énormément de tristesse en moi. Plusieurs éléments du passé ont refait surface au même moment et tout était lié. Je vivais un sentiment d’abandon que j’avais déjà vécu beaucoup plus jeune, ce qui ramenait de mauvais souvenirs. Après des mois à souffrir en silence, à ne pas voir le bout du tunnel, j’ai fini par consulter. Pleurer sur le divan dans la salle de la psychologue est pas mal juste ce que j’ai fait de la séance, mais ça a fait du bien. D’en parler à quelqu’un en qui j’avais confiance et qui avait un point de vue extérieur. Les psychologues ont toujours les mots justes. Après la séance j’ai été plus ouverte à en parler avec ma famille et je me sentais beaucoup moins seule. Même si je n’y croyais pas, le temps a fini par arranger les choses. Ça a valu la peine.

Bref, peu importe la cause, toutes les raisons sont bonnes pour parler avec un ou une psychologue. Maintenant j’ai des outils qui me permettent d’avancer dans toutes les sphères de ma vie. C’est normal de demander de l’aide et c’est tellement correct de le faire. Cette psychologue a sauvé ma famille, un individu et un mot à la fois. Ça a valu la peine.

Danika Ève Proulx

Danika Eve Proulx est étudiante au cégep. Ayant grandit dans une famille où la santé mentale et ses enjeux étaient des priorités, elle a appris à vivre avec plein d'outils transmis, pour la plupart, par sa psychologue. Elle souhaite les partager pour aider les jeunes de son âge.