La depression

La santé psychologique : une doctorante en psychologie à l’UQAM partage ses apprentissages et ses conseils dans le blogue de Meetual Meetual
Table des matières

Bonjour, je m’appelle Maryse Damecour, étudiante au doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal. Cela signifie que je passe 25 heures par semaine à lire et à comprendre le fonctionnement de l’humain. J’ai eu envie que ce temps investi soit bénéfique à un plus grand nombre de personnes. Je vous propose donc ici de courts textes expliquant les différentes difficultés qu’on peut rencontrer dans la vie et vous offre certaines pistes de solutions basées sur la science. Dans les démarches de mieux-être, l’accompagnement par un psychologue est souvent une option à privilégier.

Maryse Damecour anime aussi le podcast “Comprendre l’humain avec un doc en psycho”.

La dépression

Malgré l’avancement de la recherche, la dépression reste le trouble psychologique le plus fréquent. Au cours d’une vie, environ une personne sur six vivra une dépression majeure et chaque année, c’est environ une personne sur seize  (Barlow & Durand, 2016). La dépression n’est pas une simple déprime. C’est une maladie sévère pouvant entraîner la mort par suicide. En comprenant mieux comment elle s’immisce dans les vies de certaines personnes, on peut arriver à en sortir plus rapidement et à prévenir les rechutes.

Dépression ou déprime ?

La dépression se distingue de la simple déprime. Les moments de déprime font partie de la vie et aident même à traverser les difficultés. Les sentiments comme la tristesse contribuent à diriger notre attention vers ce que nous vivons à l’intérieur. Ces moments de présence interne facilitent le traitement des émotions et aident à traverser les moments difficiles. Les émotions de la personne déprimée attirent aussi le soutien des autres qui compatissent à sa peine. Cela permet donc à la personne d’obtenir le soutien de ses proches. La personne déprimée reste habituellement capable de ressentir des émotions positives. La dépression, quant à elle, constitue plutôt un déséquilibre émotionnel vers les émotions négatives où l’expérience d’émotions positives devient très rare, voire absente.

Les symptômes de la dépression

La dépression est caractérisée par la tristesse et la diminution de la capacité à ressentir du plaisir (American Psychiatric Association, 2013). L’anhédonie, la perte du plaisir, signifie que la personne perd sa capacité à rire, à s’amuser, à voir et à s’émouvoir de la beauté du monde. D’autres symptômes courants sont la culpabilité excessive et les difficultés de concentration. La dépression comporte souvent une perte ou une augmentation de l’appétit, des troubles du sommeil et entraîne un état physique plutôt agité ou, au contraire, au ralenti. L’irritabilité peut aussi être présente dans la dépression.

La dépression est une maladie très souffrante souvent teintée de désespoir et qui peut entraîner la mort par suicide. Il est primordial d’aller chercher de l’aide et surtout, ne pas avoir honte et garder espoir. Cela peut sembler difficile à croire lorsqu’on est en plein dedans, mais une lumière persiste au bout du tunnel. La dépression est une maladie comme une autre, et des traitements existent.

D’où vient la dépression ?

La dépression est un trouble à la fois biologique, contextuel, psychologique et comportemental. Plusieurs changements biologiques caractérisent l’état dépressif. On remarque entre autres de plus courtes périodes de sommeil. Chez certaines personnes, le nombre d’heures de sommeil est inchangé ou même augmenté. Cependant, le temps de sommeil profond, soit la phase du sommeil sans rêves, est diminué considérablement, ce qui nuit à la qualité du repos. Cela explique que certaines personnes dépressives sont souvent très fatiguées malgré qu’elles dorment beaucoup.

Prédispositions génétiques et neurotransmetteurs

De plus, certaines personnes présenteraient une vulnérabilité génétique qui les prédisposerait à la dépression. Une vulnérabilité génétique ne signifie pas que la personne vivra une dépression, mais qu’elle y est plus encline. Cette personne peut tout à fait vivre une vie heureuse et épanouie en prenant un peu plus soin de sa santé mentale. De plus, chez les personnes vivant une dépression, on dénote une diminution d’un neurotransmetteur dans le cerveau, la sérotonine. Ce dérèglement serait lié à plusieurs symptômes de la dépression comme la dérégulation des émotions (Barlow & Durand, 2016). Cependant, selon l’état de la science, on ne sait pas si la diminution de la sérotonine entraîne la dépression ou si c’est la dépression qui affecte la sérotonine. C’est la fameuse question de la poule ou de l’œuf. Néanmoins, il semblerait que des événements stressants pourraient être à l’origine de ce dérèglement. On sait que le stress entraîne une augmentation du cortisol qui affecte ensuite la sérotonine (Barlow & Durand, 2016). La dépression peut donc être déclenchée par des événements stressants.

Les événements stressants – l’impact de la distanciation physique imposée par le COVID

En plus des perturbations au niveau du cortisol et de la sérotonine, les événements stressants peuvent entraîner un isolement. Lors d’une rupture amoureuse, l’individu vivant de la tristesse perd peut-être aussi une personne qui le soutenait beaucoup auparavant. Cette perte de soutien peut concourir à la dépression. Un autre exemple nous concerne tous. Avec la pandémie actuelle, les mesures de distanciation physique font en sorte que nous avons moins accès au soutien des autres. D’ailleurs, selon une récente étude, la solitude causée par les mesures sanitaires serait reliée à l’augmentation de l’anxiété et de la dépression dans la population générale (Palgi et coll., 2020).

Vulnérabilité psychologiques

Certaines personnes vivent les mêmes événements difficiles sans développer une dépression. Cela s’explique entre autres par les vulnérabilités psychologiques qui nous habitent. Les vulnérabilités psychologiques sont des manières de penser, des croyances et des attitudes qui augmentent les chances de se diriger vers la dépression (et non la déprime).

La triade de la dépression

Tout d’abord, les personnes dépressives présentent souvent un ensemble de croyances négatives sur soi, les autres et le futur qu’on appelle la triade dépressive de Beck (Ngô et coll., 2018). Dans cette triade, une personne pourra croire qu’elle a peu de valeur (soi), que les autres essaient toujours de l’utiliser et ne l’aiment pas vraiment (autres) et que sa vie ne mène nulle part (futur). De telles croyances, plus ou moins conscientes, agissent comme un filtre sur ce que la personne perçoit et interprète et affectent sa manière d’agir. À titre d’exemple, une personne pourrait ne pas voir les signes d’affection de son·sa ami·e ou les interpréter comme de la manipulation et couper les ponts.

Le sentiment d’impuissance

Un autre élément psychologique qu’on retrouve souvent chez les personnes vivant une dépression est le sentiment d’impuissance acquise. Ce concept réfère à la croyance qu’on ne peut plus rien faire pour s’en sortir. Ce sentiment d’impuissance provient souvent d’une expérience où la personne ne pouvait, concrètement, rien faire. Par exemple, un enfant est souvent impuissant devant ses conditions de vie (séparation, intimidation, maladies, solitude, négligence, maltraitance, etc.). Cependant, des années plus tard, la personne continue plus ou moins consciemment de croire qu’elle n’a pas de pouvoir sur sa vie, ce qui l’empêche de percevoir les potentielles solutions à ses problèmes actuels. Avec le sentiment d’impuissance acquise, la personne a appris qu’elle est impuissante devant l’adversité de la vie.

L’évaluation des causes

La personne dépressive peut aussi avoir tendance à penser que les événements négatifs sont causés par des éléments internes à elle-même, globaux et stables. Par exemple, si une personne n’est pas retenue lors d’un entretien, elle pourrait penser que c’est parce qu’elle n’est pas charismatique (interne), que rien en elle n’est attirant (globale) et qu’il en sera toujours ainsi (stable). Au contraire, si la personne obtient le poste, elle pourrait penser que c’est parce qu’ils n’avaient vraiment personne d’autre (externe), que c’est bien la seule chose positive dans sa vie (spécifique) et qu’éventuellement, ils vont surement la renvoyer (instable).

Perte de motivation, passivité et dépression : le cercle vicieux

En plus des vulnérabilités psychologiques, la dépression est aussi exacerbée par des comportements passifs ou d’évitement. Comme expliqué plus haut, la personne dépressive a moins la capacité de ressentir du plaisir. Ainsi, il est normal qu’elle perde sa motivation à faire des activités et à voir des gens. Pourquoi me donner la peine d’aller dans une soirée ou de faire du yoga si cela ne m’apporte aucun plaisir ?

Conséquemment, les activités et les contacts sociaux se font plus rares. Cependant, cette attitude passive exacerbe la dépression. En effet, en se privant d’activités et de contacts sociaux, la personne enlève toutes ses chances de pouvoir ressentir des émotions positives. Ainsi, un cercle vicieux entre dépression et passivité peut aggraver le problème.

S’en sortir

La dépression se résorbe souvent naturellement au bout de quelques mois (2 à 9 mois pour le premier épisode). Une des manières de retrouver la joie de vivre un peu plus rapidement est de briser le cercle vicieux passivité-dépression en s’activant graduellement. Au départ, les objectifs peuvent être petits. Par exemple, la personne pourrait s’engager à faire une marche après le souper de 15 minutes. Ensuite, elle pourrait ajouter à son horaire une conversation téléphonique avec un ami par semaine. Cependant, un changement des attitudes et des croyances est souvent nécessaire pour vraiment émerger de la dépression et contribue à prévenir les rechutes. La dépression est souvent chronique, c’est-à-dire que les personnes ayant vécu un épisode dépressif auraient plus de chance d’en revivre un autre. Afin de prévenir les rechutes, un travail en thérapie peut aider à transformer doucement les croyances et les attitudes qui entraînent de la souffrance inutile.

Conclusion

En somme, la dépression est un trouble complexe qui comprend des éléments biologiques, contextuels, psychologiques et comportementaux. Les vulnérabilités biologiques et psychologiques créent une pente glissante vers la dépression. Lorsque nous rencontrons des écueils ou avons moins de soutien social, les chances de dériver vers la dépression sont plus grandes. Heureusement, il existe aujourd’hui plusieurs moyens de s’en sortir. En en parlant, en la démystifiant et en dirigeant les personnes dépressives vers des ressources appropriées, nous pouvons contribuer à diminuer la souffrance humaine liée à la dépression.

Voici quelques ressources pouvant vous aider en situation de crise. La consultation d’un médecin et d’un psychologue est aussi une option recommandée.

Lignes d’écoute :

  • Tel-Aide : 514 935-1101
  • Tel-Écoute : 514 493-4484
  • Le Havre : 514 982-0333
  • Suicide Action Montréal : 514 723-4000 – ailleurs au Québec : 1 866 277-3553 (APPELLE)
  • Revivre : 1 866 738-4873
  • Offre aussi des groupes d’entraide sur la dépression et autres problèmes de santé mentale

 

Références

American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (DSM-5).

Barlow, D. H., & Durand, V. M. (2016). Troubles de l’humeur et suicide. Dans Psychopathologie—Une approche intégrative (3e éd.). De Boeck supérieur.

Ngô, T.-L., Chaloult, L., & Goulet, J. (2018). Guide pratique pour le diagnostic et le traitement cognitivo-comportemental du trouble dépressif majeur. 129.

Palgi, Y., Shrira, A., Ring, L., Bodner, E., Avidor, S., Bergman, Y., Cohen-Fridel, S., Keisari, S., & Hoffman, Y. (2020). The loneliness pandemic : Loneliness and other concomitants of depression, anxiety and their comorbidity during the COVID-19 outbreak. Journal of Affective Disorders, 275, 109‑111. https://doi.org/10.1016/j.jad.2020.06.036

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Maryse Damecour
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