Tous les jours, nous empruntons les mêmes routes, faisons nos courses dans les mêmes supermarchés, les mêmes boutiques, nous fréquentons les mêmes restaurants. Nous avons tous un horaire chargé, plein de tâches à faire, envie de nous reposer rapidement. Le temps presse pour tout le monde et tout le monde manque de temps. Sur la route, les autres ne roulent pas assez vite. Au supermarché, les autres prennent toute la place et traînent devant les étagères. Au restaurant, les autres parlent trop fort, amènent leurs enfants, n’en finissent plus d’étudier le menu. Bref, nous ne nous en sortons pas, partout où nous allons, il y a ces autres que nous sommes obligés de côtoyer.
Autour de moi, j’observe de plus en plus d’impatience, de gestes agressifs, de soupirs et fustigations les uns envers les autres. Quand sommes-nous devenus allergiques aux humains ? À quel moment avons-nous pensé que nous étions plus occupés plus importants, ou plus civilisés que nos semblables ? Permettez-moi de vous raconter une situation que vous avez déjà certainement vécue.
C’était un beau samedi après-midi. Une journée de congé. Il fait bon dehors. J’ai hâte de me détendre sur ma terrasse, gin tonic et bonne compagnie. En attendant, besoins primaires obligent, je fais l’épicerie dans une grande surface. Évidemment, il y a beaucoup de monde. Le stationnement bondé en témoigne. Sortant de ma voiture, un autre conducteur, visiblement fâché, klaxonne montre le poing et postillonne derrière son volant. Même si toute cette attention ne m’était pas destinée, je perds un petit morceau de sourire.
À l’intérieur, une machine à consigne sur deux est hors d’usage, l’autre est pleine, il faut attendre le commis. Commis qui met un certain temps à se manifester alors. s’allonge la file. Je fais le choix d’attendre, je préfère poireauter que de ramener mes bouteilles vides à la maison. J’entends des bribes de mécontentement : «le commis doit être en pause», « les jeunes, ça lambinent à l’ouvrage». « c’est donc bien long.» !
J’avance dans les allées et je vois des gens qui se bousculent des paniers qui entrent en collision, de la maltraitance envers des emballages de produits. Et ici qu’on soupire, et là qu’on claque de langue, on marmonne, on peste, et on tempête.
À la caisse, il y a, bien entendu, foule. J’ai une grosse commande et je suis toute seule. Traduction, il faudra que je vide mon panier, paye la facture et emballe l’ensemble des achats dans mes sacs sans aucune aide extérieure. All by myself comme dirait Céline. Je fais de mon mieux, laborieusement pour rapatrier mon épicerie dans ma voiture le plus vite possible.
– Madame?
Madame, c’est moi ça, je lève les yeux et il y a la caissière qui me demande si j’en ai pour longtemps encore.
– C’est parce que là, vous retardez tout le monde.
Et d’en rajouter une couche :
La prochaine fois, amenez quelqu’un pour vous aider!
Au même moment, il y a dans ma tête, des fils qui se touchent. Je ne peux m’empêcher de répondre, sur un ton calme que j’espère glaçant :
– Qu’est-ce qui vous fait penser que j’ai quelqu’un dans ma vie qui peut m’aider ? Est-ce que parce que je vais plus lentement, je mérite que mon pain et mes biscuits s’écrasent sous mes cannes de tomates ? Est-ce que le yogourt du monsieur derrière est sur le point de passer date ?
J’ai le rouge aux joues, la sueur au front et un peu envie de pleurer. Respire Stéphanie. Respire !
Conclusion, si la mauvaise humeur est contagieuse, I’ inverse est aussi vrai. En 2026, je choisis de contaminer mon entourage de tolérance, de patience et de bonne humeur. Cet engagement, je le prends d’abord envers moi-même. L’auto-compassion, ce n’est pas seulement un conseil à donner à mes clients. Je comprends que toute chose ne peut pas toujours se passer comme je le voudrais, que mes bonnes intentions me conduisent parfois à faire des erreurs, que je me trompe, que je ne sais pas tout. Ce faisant, j’accepte également que les autres ne sont ni pires ni mieux que moi. Ce sont aussi des humains avec, généralement, de bonnes intentions mais, il leur arrive de se tromper. Ce n’est pas simple de rester fidèle à mon engagement, il y a des situations plus explosives d’autres. J’y arrive. Parfois, je dois y mettre plus d’efforts parce que je suis comme tout le monde, je maugrée, je m’emporte. Force m’est de constater que je suis plus énergique et souriante lorsque je fais preuve de tolérance envers moi-même et les autres.
En définitive, le seul instant où il n’y a vraiment personne dans les magasins, c’est lorsqu’ils sont…fermés!



